Espace Sétois de Recherche et de Formation en Psychanalyse

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5 déc. 2015 - Gérard Malassagne - De l’inconscient au parlêtre

       Espace Sétois de Recherche et de Formation en Psychanalyse                                                 

       Sète, le 5 décembre 2015                                                                                                                                                                                                                                     

 

Gérard Mallassagne

 

 

De l’inconscient au parlêtre          

 

 

« Je parle avec mon corps et ceci sans le savoir. Je dis donc toujours plus que je ne sais. » J. LACAN  Séminaire Encore Seuil (p.108)

 

Ce titre va tenter de tracer, bien grande prétention, un parcours, mieux, un balisage qui va  nous occuper cette année à mon séminaire, de l’inconscient freudien au concept lacanien de parlêtre.

 

 L’année dernière nous avons suivi, à mon séminaire, les déplacements du signifiant, sous la  forme de la lettre volée d’Edgar Allan Poe, qui transforme celui qui la possède et lui  donne des attributs différents. Nous sommes partis des embrouilles du désir, de la  dialectique du désir, vers la fixité du fantasme…

             

 Les 45e Journées de l’Ecole de la Cause freudienne en novembre à Paris, qui n’ont pu se tenir  en raison des évènements dramatiques, avait pour thème :  « Faire couple–Liaisons  inconscientes », le Xe Congrès de l’Association Mondiale de Psychanalyse en avril 2016 au  Brésil, à Rio de Janeiro, évoquera « Le corps parlant – sur l’inconscient au 21e siècle ».

 

Dans sa présentation du thème, « L'inconscient et le corps parlant », J-A. MILLER fait une dénégation : « Nous voici donc encore une fois au pied du même mur. Mur, le mot m'est venu, et il n'est pas sans évoquer le néologisme qui moque l'amour ; l’amur….Amur veut surtout dire qu'il faut percer à chaque fois le mur du langage pour essayer de serrer de plus près – ne disons pas le réel – ce que nous faisons dans notre pratique analytique ». « Ne disons pas le réel », bien sûr c’est du réel dont il s’agit et c’est ce que nous tentons de faire dans notre pratique analytique. Alors qu’il demandait à LACAN pourquoi il faisait des séances courtes, Paul LEMOINE s’était entendu répondre : « Pour faire serré.. » Il s’agissait bien d’essayer de serrer de plus près le réel.  

 

 Tous nos travaux, cartels, séminaires, congrès, rencontres, ne sont-ils pas une tentative de  « serrer au plus près le réel » ? C’est peut-être pour cela que nous nous regroupons, que nous  nous rassemblons en Association Mondiale de Psychanalyse, que nous avons le souci de  partager nos pratiques de l’expérience analytique, que nous faisons corps, jusqu’à solliciter  des instances gouvernementales la reconnaissance d’utilité publique, le réel reconnu d’utilité  publique.

 

Dans le cours que nous avions choisi l’année dernière à mon séminaire, comme fil rouge « Du symptôme au fantasme et retour », J-A. MILLER souligne que les Séminaires de Lacan ont été suivis, dans une atmosphère qui tenait d'une certaine rigolade, et même d'une certaine dissipation, qui contraste vraiment avec le sérieux dont font preuve les participants au cours de J-A. MILLER et dans les séminaires. Lorsque Lacan s'est enfoncé dans son dernier enseignement, nombreux sont ceux qui l’ont abandonné. Lors d’une conférence à Nice, J-A. MILLER témoignait, très authentiquement, de la difficulté qu’il avait éprouvée, les dernières années de l’enseignement de Lacan, à se rendre à son séminaire, qui était déserté. Le dernier enseignement de Lacan, orienté par le réel, n’était pas toujours facile à entendre.

La phrase de Lacan, mise en exergue, contient les points de repère qui vont nous occuper, je parle, le corps, le savoir, (le savoir insu), l’inconscient  

« Nous ne savons pas ce que c’est d’être vivant sinon seulement ceci, qu’un corps cela se jouit. » J. Lacan Séminaire Encore Leçon du 19 décembre 1972 (p.26)

 « Le sujet est impensable sans le partenaire » martèle J-A. MILLER. L’expérience analytique  permet la rencontre inédite des partenaires du sujet. Ceux sur lesquels il s’appuie et ceux qui  le divisent. Quels sont les partenaires du sujet, le partenaire-langage, le partenaire-symptôme,  le partenaire-analyste.…le partenaire-corps, le corps, partenaire du sujet ? Le corps parlant,  qu'est-ce que le corps parlant ? Un mystère disait Lacan. Quand Lacan parle d’organisme, il  vise la dimension réelle. Le corps est appareillé par l’image, « le corps est déjà lié à la  forme, " corps " appelle âme, en tant que forme de ce corps, selon sa définition  aristotélicienne qui reste largement valable, sinon toujours, dans l'enseignement de Lacan ».  J-A. Miller Le partenaire symptôme Cours (mercredi 19 novembre 1997)

             

 Le premier enseignement de Lacan illustre de façon forcenée cette domination exercée par  la chaîne signifiante inconsciente sur le sujet. Ces effets en sont : forclusion, refoulement,  dénégation.

 

 Mais peut-être conviendrait-il de s’entendre sur ce qu’on dit lorsqu’on parle de partenaire ?  Qu’est-ce qu’un partenaire ?

            Partenaire : personne qui a quelque chose en partage avec une ou plusieurs autres           personnes.

 Pars-partitio : part d’un butin que chacun s’octroie, on peut imaginer sans peine la  dimension conflictuelle de la situation de partage dont il est alors question. Au XVIIIe  siècle  un autre sens apparaît, venu de l’ancien français, parçonier ; l’associé, de parçon  (« part, portion »). Il y a la notion de conflit dans le concept de partenaire.

                       

 Jacques-Alain MILLER a proposé le syntagme le partenaire-symptôme, on utilise, dans le  Champ freudien, le mot de symptôme en apposition, X tiret symptôme :  X-Symptôme  « C'est une formule miracle qui a la vertu de réveiller des concepts fondamentaux de la  psychanalyse. Vous mettez tiret symptôme après ce que vous voulez et ça devient  tout de  suite beaucoup plus intéressant. Vous feuilletez un dictionnaire de psychanalyse et aussitôt ça  se met à gambader, à s'allumer, à sautiller pour peu que vous transformiez tout ça en  symptômes. » J-A. MILLER

Nous avons « le goût du déchiffrage et nous l'avons, pour autant que nous sommes analystes. » Il y a là le risque d’une pratique délirante, l’interprétation généralisée, interpréter à tout va. Interpréter c’est un-tiers-prête à l’autre le signifiant pour que perdure la chaîne associative. « Les théories de l'interprétation analytique ne témoignent que du narcissisme des analystes. L'interprétation est primordialement celle de l'inconscient, au sens subjectif du génitif - c'est l'inconscient qui interprète. L'interprétation analytique vient en second, elle se fonde sur l'interprétation de l'inconscient, d'où l'erreur de croire que c'est l'inconscient de l'analyste qui interprète. » L'interprétation n’est pas comptée par LACAN au rang des concepts fondamentaux de la psychanalyse, parce qu'elle est incluse dans le concept même de l'inconscient : l’inconscient-interprète.

« Interpréter, c'est déchiffrer. Mais déchiffrer, c'est chiffrer à nouveau. Le mouvement ne s'arrête que sur une satisfaction. » L’interprétation appelle toujours l’interprétation, cela ne s’arrête pas. L'âge de l'interprétation, l'âge où FREUD bouleversait le discours universel par l'interprétation, est clos. 

 

« L'âge de l'interprétation est derrière nous. C'est ce que Lacan savait, mais il ne le disait pas : il le faisait entendre, et nous commençons seulement à le lire. » J-A. MILLER « L'interprétation à l'envers » La Cause freudienne, revue de psychanalyse, n°32, 1996

 

Nous allons faire un retour aux origines de l’interprétation freudienne. 

A) L’interprétation freudienne 

     L’inconscient freudien

 

FREUD découvre l’inconscient à partir de ses patientes hystériques. La psychanalyse s’inaugure avec les Etudes sur l’hystérie et l’histoire du cas d’Anna O. de Joseph BREUER. FREUD découvre les effets du transfert, le cas Dora l’exemplifie. C’est en se séparant de J. BREUER, à propos de Bertha Pappenheim, que FREUD rompt avec la recherche médicale. Il abandonne la considération breuerienne des états hypnoïdes, parce qu’« elle n’apporte rien non plus sur le plan thérapeutique » Névrose, psychose, perversion (p.87) « C’est là le fait énorme qu’à l’endroit des états hypnoïdes, Freud y préfère le discours de l’hystérique » précise J. LACAN. Ecrits (p.795)

La psychanalyse est un phénomène de discours, c’est une clinique de l’écoute, qui fonctionne avec le paradigme linguistique et qui s’oppose à la clinique du regard porté au corps souffrant.  

 

1) Le symptôme freudien, un conflit, un message

Quelle est la démarche de S. FREUD concernant le symptôme ?

On ne peut évoquer le symptôme sans la référence aux deux conférences XVII et XXIII, extraites de l’Introduction à la psychanalyse.

 

Dans la conférence XVII (1916-17), Der Sinn der Symptome , traduit en français par « Le sens des symptômes », à laquelle se reporte LACAN dans sa conférence à Genève. FREUD applique au symptôme ce qui a été dit sur les rêves et les actes manqués. Les symptômes, comme les actes manqués, les lapsus, les rêves, sont des formations de l’inconscient, ils ont un sens et on peut les interpréter. Le symptôme a une fonction de message, il est porteur d’un sens, qui s’adresse à quelqu’un, sens qui doit être délivré.

 Le symptôme apparaît donc comme une énigme à déchiffrer. Il se manifeste supporté par un signifiant, c’est-à-dire un énoncé, dont le signifié, l’énonciation, est refoulé. Celui qui en est affecté n’a pas accès à ce signifié refoulé.

 

« Si Freud a apporté quelque chose, c’est ça. C’est que les symptômes ont un sens, et un sens qui ne s’interprète correctement – correctement voulant dire que le sujet en lâche un bout – qu’en fonction de ses premières expériences, à savoir pour autant qu’il rencontre, ce que je vais appeler aujourd’hui, faute de pouvoir en dire plus ni mieux, la réalité sexuelle. »  J. LACAN La conférence annoncée sous le titre Le symptôme fut prononcée au Centre R. de Saussure à Genève, le 4 Octobre 1975. 

Lorsque LACAN parle de réalité sexuelle, de quoi s’agit-il ? FREUD parlait de réalité (Realität), ce qui veut dire réel de la réalité psychique = psychische Realität, (la réalité psychique est la réalité des rêves, de l'inconscient, des fantasmes), qu'il oppose à la réalité matérielle (Wirklichkeit).  Dans la théorie freudienne, la libido est présentée comme le carburant de la pulsion qui est, précise LACAN, la seule réalité sexuelle admise par l’inconscient. L’inconscient ne connaît du sexe que la pulsion. 

Une pulsion ne met jamais en relation un sujet avec un autre sujet – pas de relation intersubjective due à la pulsion. Par définition, une pulsion met en relation un sujet avec un objet, un objet dit « pulsionnel », dont FREUD a dressé une liste complétée par Lacan : objet oral, anal, le regard, la voix… Bref, ce sont des objets corporels, pas des personnes.

On le voit : les notions freudiennes utilisées pour formaliser la vie sexuelle inconsciente ne programment pas la rencontre entre deux sujets différemment sexués. Le rapport sexuel n’est pas écrit dans la réalité psychique. Et rien ne corrigera ce défaut dont la sexualité humaine aura toujours à s’arranger. C’est d’ailleurs la raison d’une pente incessante à vouloir rectifier cette absence, à vouloir vainement trouver une écriture pour ce qui n’est définitivement pas au menu de l’inconscient. Telle est la thèse lacanienne du « non-rapport sexuel ».

Bien entendu, cela n’exclut pas la rencontre érotique entre hommes et femmes mais cela nous dit simplement que ladite rencontre n’est pas soutenue par l’organisation psychique : elle n’est pas une nécessité pour la dynamique libidinale. En cela, revers de la chose et immense avantage, elle relève d’un espace de liberté. Si la rencontre se produit, elle sera une affaire d’imprévu, de hasard, de « bon-heur » et donc d’ouverture à l’évènement, ce qui suppose à chaque fois une décision et un consentement. Au fond, la relation entre les sexes est une contingence possible à partir du moment où rien ne la programme, à partir du moment où rien ne la rend nécessaire au niveau psychique. Nous sommes voués au régime de la rencontre, toujours contingente, sur fond de liberté.

 

Mais revenons à FREUD.

Conférence XXIII « Die Bedeutung der Symptome », traduit en français « Les voies de formation de symptômes ». 

Entre ces deux conférences, FREUD introduit le pulsionnel, la libido, le sexuel. Il essaie de relier deux versants ;  

      celui de la découverte de l’inconscient, des phénomènes interprétables, c’est le versant de l’inconscient défini par l’interprétation.

      celui de la découverte de la sexualité infantile et du caractère pervers de la sexualité, en 1905. (les traits pervers existent dans la sexualité dite normale.) 

 

Dès le début, FREUD souligne que la disparition des symptômes est loin de signifier la guérison de la maladie et qu’après la disparition des symptômes, le reste de la maladie, c’est la faculté de former de nouveaux symptômes.

 

Le symptôme traduit une division entre ce que le sujet énonce et le refoulé qui est sous la barre de l’énoncé ; « signifiant d’un signifié refoulé de la conscience du sujet. » (p.280) Freud propose le déchiffrage de la parole du patient.

 

Nous pourrions mettre en série :

 

      Signifiant                    Énoncé                        Dit                   Discours

       signifié                    énonciation                    dire                 refoulement

 

 

Cette conférence lui permet d’affirmer que les « symptômes névrotiques sont l’effet d’un conflit qui s’élève au sujet d’un nouveau mode de satisfaction de la libido. » Il évoque « la capacité de résistance du symptôme ». Freud va du sens (Sinn), ce qui se détermine à partir du signifié, à la jouissance (Bedeutung qui concerne la relation au réel) dans le symptôme. On retrouvera ce binaire chez LACAN.

   

« La conférence 23 complémente la dimension sémantique du message symptomatique » selon J-A. MILLER. Elle est une étude des modes de jouissance, la définition que donne Freud du symptôme est que malgré sa phénoménologie de souffrance, il est une modalité de satisfaction libidinale. Le symptôme est une formation de compromis entre forces opposées.  Il y a conjonction-disjonction entre le Sinn et la Bedeutung.  

 

« Sinn, c’est sens, ou c’est signification, c’est ce qui dit l’essence, ce qui décrit quelque chose, ce qui décerne des attributs ou des propriétés à quelque chose. » C’est du côté de l’avoir. « Bedeutung peut se traduire comme la signification et c’est en ce sens que Lacan dit die

Bedeutung des Phallus. »

 

« La logique est la science du réel. » énonce LACAN, je vous propose de faire un peu de logique, la logique de FREGE.

Pour FREGE : existence et essence, ça fait deux. 

 

Le réel au sens de LACAN, pour en pénétrer les arcanes, il faut se familiariser avec l’usage du « il existe » en logique. Et pour ça,  le plus simple est de partir de la scission que Frege a opérée entre Sinn et Bedeutung.

Scission logique entre signification et référence, être et existence (ex-sistence ; ce qui pointe vers une existence), sens et réel.

Le Sinn est du côté de « il n’existe pas », alors que la Bedeutung est du côté de « il existe ».   Le sens est au niveau de la description et disons en termes logiques, de la fonction et pose la question de l’existence, le réel est au niveau du « il existe ». « L’existence surgit du langage, travaillant le langage, elle suppose l’appareil logique s’emparant du dit pour le serrer, le cerner, le comprimer, l’ordonner et pour du langage en faire sourdre du réel. » J-A. MILLER  

Bertrand RUSSELL, un article qui s’appelle « On denoting », de 1905, sur la dénotation (=référence=existence). « Le présent roi de France est chauve. Dit en 1905, en pleine IIIe République. Ça n’empêche pas que ça fait sens ». Il n’y pas plus de roi de France en 1905 qu’en 2015 ! Au niveau de la référence, de l’existence, l’ensemble est vide, il ne passe pas le filtre de l’existence.

 

D’un côté la « description définie », selon la formulation de Bertrand RUSSELL, le Sinn, qui laisse ouverte la question du « il existe ».

C’est dans ce contexte que s’inscrit le Il n’y a pas le rapport sexuel crié par LACAN. Il n’y a pas le rapport sexuel au niveau du réel. Et d’abord parce qu’au niveau du réel, c’est le Un qui règne, pas le deux. Le rapport sexuel ne fleurit qu’au niveau du sens. « L’être est du semblant, l’existence concerne le réel. » J-A. MILLER

 

Le signifiant, c’est éminemment ce qui est variable, et c’est ça que comporte l’usage récurrent chez Lacan du terme de dialectique. La dialectique, ça dit tout et son contraire, et ça vaut en particulier pour le signifiant en tant que conjoint à ses effets de signification.

 

FREUD observe que dans le symptôme il s’agit d’obtenir la satisfaction tout en s’en défendant. Lacan en déduira le lien entre jouissance et défense. Il y a dans la jouissance quelque chose d’excessif qui pousse le sujet à se défendre de la jouissance qu’il recherche. C’est le langage comme tel qui refoule. Il reste un gain de plaisir, ce que FREUD appelle « Lustgewinn », un plus-de-jouir.

C’est là que se découvre la satisfaction qui habite le symptôme, normalement cachée. Freud la situe comme une satisfaction substitutive cachée sous un déguisement symbolique. Le symptôme peut venir à vous faire plaisir. « Le symptôme, dans ce second mouvement, prend le sens d’une satisfaction, die Bedeutung  eine  Befriedigung. » Toute la théorie freudienne, développée dans les Conférences, suppose qu’une satisfaction peut se substituer à une autre. FREUD a découvert le symptôme comme message à partir de l’hystérie, mais c’est par la névrose obsessionnelle qu’il a fait valoir le caractère de jouissance du symptôme.

 

FREUD commença par le rêve, qui de toujours s'était prêté à l'interprétation. Il poursuivit par le symptôme, conçu sur le modèle du rêve, comme message à déchiffrer. Déjà sur son chemin il avait rencontré la réaction thérapeutique négative, le masochisme et le fantasme. Le symptôme est vérité, vérité du sujet, mais aussi porteur d’un au-delà qui est la jouissance, autre façon d’évoquer la réaction thérapeutique négative de S. FREUD.

 

2) Le symptôme lacanien, un arrangement, une solution

 

Après la définition du symptôme sur le versant du conflit, nous allons considérer le symptôme à partir de la pulsion, que Jacques-Alain MILLER définit par le mode selon lequel le sujet est foncièrement heureux. Ce que Freud appelle pulsion, et qui est un mythe, renvoie à la notion que le sujet est toujours heureux, sans le savoir, et même dans sa douleur, vous trouvez ça dans Télévision. C’est le point de vue freudien de la pulsion. Avec vos malheurs vous fabriquez du bonheur. « L’appareil psychique, c’est la petite maison du bonheur. Il (le sujet) est heureux et il ne s’en aperçoit pas, en général en raison de son attachement à des idéaux, à des images idéales. » souligne Jacques-Alain MILLER dans sa conférence à Nîmes, le 7 juin 1997 à l’Institut d’Alzon, « La psychanalyse, les cités, les communautés ». Revue La Cause freudienne N°68 (p.105)

 

Lorsque J. LACAN rédige le rapport du congrès de Rome en septembre 1953 « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse » il écrit : « le symptôme se résout tout entier dans une analyse de langage, parce qu’il est lui-même structuré comme un langage, qu’il est langage dont la parole doit être délivrée. » S’il se résout tout entier, c’est donc bien que tout est langage et que le symptôme peut, par le travail de la cure analytique, par l’association libre, un mot en appelle un autre, se résoudre, c’est-à-dire se dissoudre. Il y aurait une dissolution du symptôme par l’effet de la parole. Jacques LACAN essaie de traiter l’imaginaire par le symbolique. Lacan accentue le versant du sens dans la pratique analytique, le sens dans le symptôme, avec les notions de parole pleine, parole vide.

 

« Le symptôme est le signifiant d’un signifié refoulé de la conscience du sujet. Symbole écrit sur le sable de la chair et sur le voile de Maïa, il participe du langage par l’ambiguïté sémantique que nous avons déjà soulignée dans sa constitution. » J. LACAN Ecrits « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse » 1953 (p.280, 281)

 

LACAN évoque, dans l’oeuvre de FREUD, la désintrication – c’est son mot (page 261) des Ecrits – « la désintrication entre la technique de déchiffrage de l’inconscient et la théorie des instincts, voire des pulsions ». C’est-à-dire repenser la psychanalyse à partir du déchiffrage de l’inconscient et, de cette technique, déduire une théorie des pulsions qui consiste à les aligner sur la structure de langage de l’inconscient. C’est ce que J-A. MILLER qualifie, avec un certain humour l’aspect maniaque, enthousiaste, du point de départ de son enseignement ; c’est l’affirmation de la toute puissance du sens sur les pulsions, de sa puissance sur la jouissance.

En 1979, page 570 des Autres écrits, il affirme au contraire que la jouissance propre au symptôme est opaque d’exclure le sens. Il n’est plus question alors de toute puissance du sens, puisque cette puissance s’arrête à l’opacité de la jouissance du symptôme, et on peut dire que cette exclusion terminale du sens, c’est l’inverse de l’exclusion du réel qui domine la période qu’ironiquement J-A. MILLER disait maniaque.

 

Le dernier enseignement de LACAN, propose un nom nouveau pour l’inconscient. « Il avance le néologisme, dont il prophétise qu’il remplacera le mot freudien de l’inconscient, le parlêtre. », la substitution du parlêtre lacanien à l’inconscient freudien. 

Je reviens sur la dénégation de Jacques-Alain MILLER sur le mur du langage « qu'il faut percer à chaque fois pour essayer de serrer de plus près – ne disons pas le réel – ce que nous faisons dans notre pratique analytique ». Pour nous aider à le franchir, ce mur, il nous faut un mot agalmatique qui perce ce mur. Et ce mot, il le trouve dans le parlêtre. Le parlêtre se substitue à l’inconscient freudien, l’inconscient-interprète. 

 

Le symptôme, formation de l’inconscient structuré comme un langage, est une métaphore, un effet de sens, induit par la substitution d’un signifiant à un autre signifiant. C’est ainsi qu’il est toujours menteur. Derrière l’enveloppe formelle du symptôme, il y a le sinthome, débarrassé de l’enveloppe tissée des semblants. C’est un événement de corps, une émergence de jouissance.

      

Le néologisme de parlêtre est « un mixte, un nouage du sujet du désir et du sujet de la jouissance en substituant à l’illusion du miroir la consistance du corps. Le parlêtre, c’est un corps parlant du fait qu’il a été parlé. Ce qui noue les trois registres, c’est le trou. Le parlêtre est à la fois le nouveau nom du sujet, mais aussi le nouveau nom de l’inconscient. » A. MENARD « Le sinthome au-delà du fantasme, source du symptôme » Séminaire de Gérard Mallassagne, Nîmes le 8 juin 2015 non édité

 

Le sujet, LACAN va le destituer en l’appelant parlêtre, en lui ôtant même son nom de sujet. Et, au-delà même de l’appeler parlêtre, le nom du sujet que LACAN amènera à la fin, c’est le sinthome. C’est ça le vrai nom du sujet dans le tout dernier enseignement de Lacan – d’ailleurs, quand il écrit sur Joyce il dit « Joyce le Symptôme » c’est-à-dire qu’il l’accole à son nom propre pour en faire son surnom.     

 

L’Œdipe freudien rend compte du sens. C'est le signifiant du Nom-du-Père qui délivre la signification phallique. Le phallus est aux significations ce que le Nom-du-Père est aux signifiants : un principe organisateur. Mais, avec la satisfaction liée au symptôme, se profile un au-delà de l'Œdipe, soit ce qui échappe au signifiant et ne peut être régulé par la métaphore paternelle : la jouissance au-delà du "sens-jouis", l'objet a au-delà du signifiant.

 

Pour le dernier LACAN, « tout le monde délire », c’est le délire généralisé, c'est-à-dire que le réel est forclos pour tout un chacun, - c’est la forclusion généralisée - ce qui impose à chacun un « savoir y faire avec » le réel, et c'est le symptôme.

 

L'Œdipe, et la fonction paternelle, sont une solution particulière dégagée au cours des temps culturellement, c'est « un prêt-à-porter » pour une bonne partie de l'humanité. Il n'est pas universel, mais bien contingent, faisait remarquer A. MENARD.

 

Nous sortons avec le parlêtre de la logique binaire névrose-psychose soutenue par la fonction de l’Œdipe. Nous sommes au-delà de l’Œdipe aux prises avec le réel, il s’ensuit selon J-A. MILLER une « déclaration d’égalité clinique fondamentale entre les parlêtres. Nous sommes condamnés à la débilité mentale, par notre imaginaire, comme imaginaire de corps et de sens. Ce que le symbolique imprime dans le corps imaginaire pour nous protéger du réel, le corps parlant le tisse et le délie. Être dupe du réel, c’est encore faire avec un discours où les semblants coincent « un réel auquel croire sans y adhérer, un réel qui n’a pas de sens, indifférent au sens, et qui ne peut être autre que ce qu’il est. »

 

« La débilité, c’est au contraire la duperie du possible. Être dupe d’un réel – ce que je vante – c’est la seule lucidité qui est ouverte au corps parlant pour s’orienter. » J-A. MILLER « L'inconscient et le corps parlant »  Présentation du thème du Xe Congrès de l’AMP. 

 

Avec l’Œdipe nous sommes confrontés à l’impuissance, être dupe du réel nous confronte avec un impossible, qui ouvre sur un possible, à chacun son invention.   

 

  

      

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 ACF-VD
Jean-Claude Affre
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