Espace Sétois de Recherche et de Formation en Psychanalyse

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Jean-Louis DOUCET - 23 juin 2012 - Le fait scientifique, facteur de lien ou de rupture ? Sujet de la science ou science du sujet ?

samedi 23 juin 2012

Espace clinique Montpellier-Sète

Dr Jean-Louis DOUCET-CARRIERE

 

 

Le fait scientifique, facteur de lien ou de rupture ?
Sujet de la science ou science du sujet ?
 
Je partirai de deux citations de Nietzsche : "Nous avons l'Art, pour ne pas périr de la vérité." et, à propos de la vérité : "une cohue grouillante de métaphores métonymies, anthropomorphismes." et une citation de Paul Valéry qui soutient que "la connaissance a horreur du vide".
 
On peut, à mon sens poser que toute recherche scientifique est une tentative de découvrir, de dévoiler le monde des choses. A ce monde des choses on peut donner le nom de réel. On peut dire que toute découverte scientifique est le fruit de la découverte d'un bout de réel. Bien entendu il faut s'entendre sur ce que l'on entend par ce concept de réel, pour ma part, j'en resterai à cette conception du réel comme étant ce que le symbolique exclut de la réalité.
Parallèlement, toute investigation psychique est à considérer comme une quête de vérité subjective, une tentative d'approcher ce qu'il y a de réel dans le sujet. La théorie psychanalytique, à la suite de Freud et de Lacan, nous montre que cette vérité subjective, ce réel du sujet, nous ne pouvons jamais l'appréhender dans sa totalité.
Il n'est que de rappeler la célèbre formule de Lacan dans Télévision ; "Je dis toujours la vérité : pas toute, parce que toute la dire, on y arrive pas... Les mots y manquent... C'est même par cet impossible que la vérité tient au réel." Toute la démarche scientifique, elle, a pour horizon, l'explication totale du monde des choses. Mais, comme tout navire qui se déplace sa ligne d'horizon s'éloigne du même mouvement. Bien sûr, et c'est d'une portée stupéfiante quelquefois, le bateau de la science découvre de plus en plus d'îlots de connaissances fermes qui enrichissent la carte du monde des choses, mais les limites du territoire qu’elles décrivent en restent toutefois des plus obscures.
Reconnaissons aussi que, bien souvent, cette carte du monde des choses doit être mise à jour et on s'aperçoit alors que les certitudes d'aujourd'hui dénoncent radicalement ces terres d'exactitudes que l'on croyait immuables.
En cette fin d'année où le thème retenu par l'EPFCL est : qu'est-ce qui fait lien ou rupture ? On ne pouvait se passer de se poser cette question des rapports entre science et lien tant, comme le disait Lacan en 1966 dans une conférence au collège de médecine, "la science est présente à tous en ses effets".
Nous sommes ici dans un centre hospitalier et, même si l'on pouvait étudier au cas par cas, discipline par discipline scientifique, le rapport entre science et lien, il me paraît que notre propos se situe plus dans une position critique sur l'élaboration du savoir scientifique et son rapport au lien social.
Alors dans un hôpital qu'est-ce qu'on fait ? On pratique la médecine. C'est justement à propos de la médecine que Lacan disait en 66 : "La médecine est rentrée dans sa phase scientifique, pour autant qu'un monde est né qui désormais exige les conditionnements nécessités dans la vie de chacun à mesure de la part qu'il prend à la science, présente à tous en ses effets. [...] Le médecin est requis dans sa fonction de savant physiologiste mais il subit d'autres appels encore : le monde scientifique déverse entre ses mains le nombre infini de ce qu'il peut produire comme agents thérapeutiques nouveaux chimiques ou biologiques, qu'il met à la disposition du public et il demande au médecin, comme à un agent distributeur, de les mettre à l'épreuve."
Là une petite digression pour préciser qu'il n'y a pas que le médecin qui est requis pour cette mise à l'épreuve, il y a aussi et surtout le patient qui peut subir les effets très délétères de certaines découvertes. (Médiator). 
"Où est la limite où le médecin doit agir et à quoi doit-il répondre ? A quelque chose qui s'appelle la demande.[...] C'est dans le mode de réponse à la demande du malade qu'est la chance de survie de la position proprement médicale." C'est, au passage on ne peut plus d'actualité et nous qui sommes tous dans le soin en notons la pertinence au quotidien... Mais je pense qu'il faut distinguer deux nuances dans cette demande. Je crois que l'on doit y voir d'une part, une demande à  la science et d'autre part une demande de la science.
La demande à la science, particulièrement en médecine c'est une demande d'expliquer notre douleur et si possible de l'apaiser ; la demande de la science elle, tourne souvent à l'exigence de nous soumettre à ses mots d'ordre. Le retentissement sur le lien du fait scientifique dépend sûrement en grande partie du devenir de ces deux demandes. Nous sommes donc ici dans cet hôpital plus particulièrement dans le service « médico-psychologique ». C'est, comme tout le monde le sait, le service de Psychiatrie, il y en a encore pour croire qu'en changeant le mot on va changer la chose ... Ici on a déjà des prémisses de l'influence du langage dans la diffusion de l'information... La psychiatrie, elle aussi, bénéficie grandement des découvertes scientifiques.
D'abord par les découvertes pharmacologiques, ensuite par les découvertes de la neuro-imagerie et plus largement par celles de ce que l'on appelle les neuro-sciences. Deux grandes attitudes se dégagent par rapport à ces nouvelles données. Ceux qui pensent que les neuro-sciences vont expliquer puis éradiquer les maladies mentales, et ceux qui trouvent dans leurs découvertes un excellent témoin neuro-physiologique du fonctionnement de la psyché. Citons notamment François Ansermet et Pierre Magistretti avec leurs ouvrages "Les énigmes du plaisir" et "A chacun son cerveau : plasticité neuronale et inconscient" ou bien Gérard Pommier auteur de "Comment les neuro-sciences démontrent la psychanalyse".
Je me range bien entendu dans ce dernier courant de pensée.
Après ces quelques banalités introductives, je vais dans un premier temps reprendre quelques éléments théoriques.
 
 J'ai distingué demande à la science et demande de la science et avancé que cette dernière était une exigence à se soumettre à des mots d'ordre. Je veux dire par là que la science n'a que faire de la dimension de vérité subjective. Elle cherche à l’exclure de ses données pour progresser et doit pouvoir y arriver. La demande de la science exclut la dimension de la jouissance chez le parlêtre et ce faisant, peut se poser en surmoi féroce et parfois obscène.
Il 'y a pas de jouissance sans corps. Lacan dit que la jouissance c'est tout ce qui concerne la distribution du plaisir dans le corps. Mais nous savons qu'il n'y a pas de conception du corps possible sans la prise dans le langage. C'est la condition de l'être. L'infans arrive dans le monde des choses mais aussi dans le monde des mots, une Lalangue s'élabore à jamais liée au corps du sujet en devenir.
Dans son texte "Je parle aux murs" Lacan avance que deux choses ont été mises en évidence par Freud et par le discours analytique : "D'une part, dit-il, il ya toute la gamme de la jouissance. Tout ce qu'on peut faire à convenablement traiter un corps, voire son corps, participe à quelque degré de la jouissance sexuelle. Seulement, la jouissance sexuelle elle-même, quand vous voulez mettre la main dessus, si je puis m'exprimer ainsi, elle n'est plus sexuelle du tout, elle se perd. Deuxio, là entre en jeu tout ce qui s'édifie de la fonction du phallus. Celui-ci désigne un signifié, le signifié d'un certain signifiant parfaitement évanouissant, car pour ce qui est de nous définir ce qu'il en est de l'homme ou de la femme, la psychanalyse nous montre que c'est impossible. [...] La sexualité est sans aucun doute au centre de tout ce qui se passe dans l'inconscient. Mais elle est au centre en ceci qu'elle est un manque. C'est-à-dire que, à la place de quoi que ce soit qui pourrait s'écrire du rapport sexuel comme tel, se substituent les impasses qu'engendrent les fonctions de la jouissance sexuelle, en tant qu'elle apparaît comme ce point de mirage dont Freud lui-même donne quelque part la note comme de la jouissance absolue. Et c'est si vrai que, précisément, elle ne l'est pas, absolue."
La jouissance est, comme la vérité, pas-toute. Il 'y a pas de rapport sexuel dit Lacan, cela implique, à mon sens, qu'il n'y a pas de jouissance absolue. La jouissance totale, comme le réel ou la vérité sont de l'ordre de l'impossible. Mais, la science, à soustraire la dimension de la jouissance de ses objets d'étude, peut se bercer de l'illusion de dévoiler le réel dans sa totalité. Cela ne peut se concevoir que dans une dimension d'Apocalypse au sens où comme le souligne Pierre Legendre, selon les Saintes Ecritures, Apocalypse veut dire dévoilement. Trouver la jouissance absolue, appréhender le réel comme possible, dire toute la vérité voilà peut-être trois des cavaliers de l'Apocalypse qui accompagnent le quatrième qui est la mort...
 
Qu'en est-il alors de la vérité ?
Je propose de faire l'hypothèse que la vérité subjective c'est la position du sujet divisé par rapport à la jouissance pas-toute. C'est un certain savoir sur la jouissance, c'est la singulière façon de se soumettre au réel de la perte. Certes je suis un parlêtre mais j'ai un corps et il n'y a pas de jouissance sans corps. La vérité est, aussi, une affaire de corps...
Pour Freud (Analyse avec fin et analyse sans fin. 1937) "la relation psychanalytique est fondée sur l'amour de la vérité, c'est-à-dire la reconnaissance de la réalité".
La mise en écho de ces deux notions vérité et réalité nous interroge. En fait, Lacan, en se référant à la notion de signifiant (ce qui est plein de sens) ne met plus en opposition comme contraires la vérité avec la tromperie et le mensonge et ne fait plus de la garantie de la vérité une référence : " Il est clair que la parole ne commence qu'avec le passage de la feinte à l'ordre du signifiant et que le signifiant exige une autre lieu - le lieu de l'Autre, l'Autre témoin, le témoin Autre - pour que la Parole qu'il supporte puisse mentir c'est-à-dire se poser comme vérité. Ainsi c'est d'ailleurs que de la Réalité qu'elle concerne que la vérité tire sa garantie : c'est de la parole. Comme c'est d'elle qu'elle reçoit cette marque qui l'institue dans une structure de fiction. "
La vérité a une structure de fiction qui nous permet de ne pas périr du meurtre de la chose par la Parole. Il y a un deuil radical à faire pour passer de la chose au mot. C'est là que je situerai la notion de Réel en tant qu'elle est articulée à une perte radicale. Perte qui s'inaugure dans le refoulement originaire Unnerkant, à jamais non reconnu. Perte définitive, dont toute trace est à jamais inaccessible, trace d'une absence à jamais effacée.
 
Comment envisager désormais les rapports entre science et lien ?
Dans son texte de 1925 "La dénégation" Freud soutient que le penser est le fait de représentations et que toute représentation est le fruit d'une perception qui peut être simplement une excitation.. C'est bien d'une perception du monde des choses dont il s'agit. Quand il vient au monde l'infans voit mais il ne regarde pas. Il regardera quand la parole viendra toucher son corps, et s'il advient au regard, c'est qu'il entend. Dès sa venue au monde, s'élaborent pour l'infans des représentations des choses du monde extérieur, restes visuels, restes sonores, kinesthésiques etc. L'infans entend mais bien sûr ne comprend pas. Mais les mots prêtés par l'Autre vont lui permettre de faire avec l'absence de la chose qu'authentifie la représentation.
En effet dès que s'inscrit une représentation de chose, il y a perte radicale de l'objet. Et, pour que se constitue la réalité extérieure, c'est-à-dire, en suivant Freud, pour reconnaître qu'un objet existe bien au dehors (jugement d'existence) il faut qu'il y ait une représentation au dedans préalable, représentation d'un objet à jamais perdu qui a autrefois procuré réelle satisfaction, je dirai authentique jouissance.
Cet objet c'est cet éclat de jouissance que Lacan conceptualisera sous le nom d'objet petit a.
Un siècle après Freud, le mathématicien René Thom me semble, à partir d'une démarche purement scientifique, exprimer exactement la même idée lorsqu'il affirme : "Si l'on n'a pas le concept d'un objet, on ne le reconnaîtra pas."
Simplement ce qui, pour moi, différencie sans les opposer, les approches de Freud et de René Thom, c'est que pour qu'une représentation devienne un concept, il faut que la représentation de chose s'articule à une représentation de mot. Que les représentants-représentations de chose soient liés aux représentants-représentations de mots correspondants. Cette liaison, j'y insiste, ne peut se faire qu'au prix de la perte radicale de l'objet. Cette liaison entre les deux types de représentations c'est le signifiant lacanien.
Les signifiants vont alors rentrer dans une chaîne signifiante fonctionnant sous les modes de la métonymie (déplacement pour Freud) et de la métaphore (condensation selon Freud). Cette chaîne signifiante n'est rien d'autre que l'extrémité psychique de la pulsion qui est née dans le corps. La pulsion est liée à la fois au langage et à la jouissance du corps. Lacan la définissait comme "l'écho dans le corps du fait qu'il y a un dire". Cette pulsion nous entraîne à la recherche d'un objet définitivement perdu, objet qui va être la cause de notre désir.
C'est donc radicalement autour de la notion de manque que ce que je nommerai d'un abus de langage, la libido scientifique, va pouvoir s'élaborer.  
A partir de là, la formule de Nietzsche que je vous rappelle : "Nous avons l'Art, pour ne pas périr de la vérité." doit être, comme le fait Jean-Claude Ameisen, comprise comme "nous avons l'art, pour ne pas périr de l'illusion d'avoir découvert la vérité." et je m'autoriserai à paraphraser Nietzsche en posant que nous avons "la science pour ne pas périr de l'illusion d'avoir découvert la vérité."
Dans son texte : "La science et la vérité" Lacan pause la vérité comme cause dans la démarche psychanalytique et il nous montre que pour lui, le sujet de la psychanalyse, c'est le sujet de la science. Pour autant il n'hésite pas à nous rappeler que : "la fécondité prodigieuse de notre science est à interroger dans sa relation à cet aspect : que la vérité comme cause elle n'en voudrait rien savoir. On reconnaît là la formule que je donne de la Verwerfrung, ou forclusion,- laquelle viendrait ici s'adjoindre en une série fermée à la Verdrangung, le refoulement et à la Verneinung, la dénégation."
Comment comprendre cette opposition apparente ? A mon sens, il paraît obligatoire de rappeler que, pour aborder le monde des choses, la science ne peut qu'exclure de sa méthode toute approche qui pourrait relever d'un anthropomorphisme. "La science ne pense pas." dit Heidegger. Pourtant ce sujet de la science bien qu'aboli, fait paradoxalement retour dans le Réel qui fait l'objet même de la démarche scientifique éventuellement sous la forme de l'inattendu ou de la surprise (Alain Cochet). Cela veut dire qu'à n'importe quel moment d'une recherche scientifique les formations de l'inconscient du chercheur peuvent resurgir et rediriger son travail. D'autant plus que même si "la science ne pense pas.", comme le souligne Roland Gori, les scientifiques parlent et écrivent et, de ce fait même, si comme le soutient Nietzsche la vérité est "une cohue grouillante de métaphores, métonymies, anthropomorphisme", la vérité fait retour dans le discours et la parole des scientifiques.
Pour Heidegger : "Le vrai se dérobe au milieu de toute cette exactitude." ou bien "ce qui est simplement exact n'est pas encore le vrai." La science doit traquer l'exactitude du monde des choses mais, chaque chercheur est aussi un sujet de la parole et un sujet de l'inconscient qui trouve sa cause efficiente dans la vérité subjective.
"Un idéal scientifique ou la science comme éthique ne suffisent pas eux seuls à faire du lien." affirme le philosophe Régis Debray. Ces quelques idées proposées à votre attention se soutiennent de cette idée. A savoir que ce n'est que dans la mesure où le fait scientifique est articulé à la perte d'un bout de jouissance, d’une parcelle de vérité, d'une soumission au réel de la castration par la parole et le langage, qu'il pourra être un facteur de lien.
A l'opposé, toute hégémonie de l'exactitude ne pourra se faire qu'au prix d'une rupture du lien social et d'un abêtissement des populations. Anatole France avait cette formule cruellement ironique : "Si la science un jour règne seule, les hommes crédules n'auront plus que des crédulités scientifiques."
J'ai pris pour paradigme de cette étude du rapport entre science et lien social, la médecine et plus particulièrement la psychiatrie. Les prodigieuses découvertes des neuro-sciences dans tous les domaines qu'elles concernent nous donnent d'immenses espoirs pour l'avenir de ces disciplines, à charge pour les praticiens de ne pas confondre l'exactitude des découvertes avec la vérité de la souffrance psychique.
La médecine reste un art qui s'appuie sur une science, et même si, et il faut le souhaiter, la science arrive à lever en partie l'opacité du Réel du monde des choses rien ne pourra aller à l'encontre de l'idée que pour qu'il y ait du lien en aval il faut qu'il y ait eu une perte en amont. 
 Carlo Bovelli est un physicien qui est à l'origine d'une théorie visant à rendre compatible les lois de la relativité générale avec celles de la gravité quantique. Dans son ouvrage "Et si le temps n'existait pas ?" il soutient que "le temps est un effet de notre ignorance des détails du monde" Cela peut être perçu comme si le parlêtre avait inventé le temps du fait de son incomplétude. On ne peut s'empêcher de penser que comme élèves de Freud et de Lacan, nous connaissons quelque chose qui ne connaît pas le temps, c'est l'inconscient. L'inconscient ne connaît ni le temps ni la contradiction ni la mort... Il échappe à tous nos repères.
Dans son texte "La méprise du sujet supposé savoir" Lacan avance : "L'inconscient n'est pas subliminal, faible clarté. Il est la lumière qui ne laisse pas sa place à l'ombre, ni s'insinuer le contour. Il représente ma représentation là où elle manque, où je ne suis qu'un manque de sujet."
L'inconscient n'est-il pas ce qui représente ce que nous avons réellement perdu ? L'inconscient transforme notre parole en une parole trouée qui peut laisser passer du lien. C'est subtil mais lourds de conséquences...
 
Il y a un sujet de la science, c'est le sujet divisé par le langage qui est dans une soumission au réel de la castration. C'est la parole de ce sujet-là qui fait lien car c'est une parole qui ne doute pas d'une vérité pas-toute. Dans son texte "La science et la vérité" Lacan pose dans une formule un peu sibylline que : "Il n'y a pas de science de l'homme, ce qu'il nous faut entendre au même ton qu'il n'y a pas de petites économies. Il n'y a pas de science de l'homme, parce que l'homme de la science n'existe pas mais seulement son sujet."
Je mettrai cela en relation avec une autre phrase de Lacan qui dans l'instance de la lettre dans l'inconscient affirme : " Freud par sa découverte a fait rentrer à l'intérieur du cercle de la science cette frontière entre l'objet et l'être qui semblait marquer sa limite."
Il n'y a pas, à mon sens de science du sujet car la découverte de l'inconscient par Freud a révélé la schize radicale entre l'être et l'objet, entre l'être et l'avoir, schize qui rend dérisoire toute saisie du parlêtre.
 
Qui fait du lien fait du bien dit-on !!!
Il n'y a de lien que grâce à une parole médium de vérité subjective. Il n'y a de lien que si les savants et leurs connaissances acceptent de surmonter cette horreur du vide qu'évoque Valéry.
Au risque de vérifier avec Pierre Legendre qui dans son texte "La fabrique de l'homme occidental" soutient : "Que signifie le vide pour l'homme? Nous savons qu'il faut du vide entre les lettres pour qu'il y ait des mots, et que sans la séparation des mots et des choses, il n'y aurait pas de vie dans l'espèce humaine. Le langage nous sépare des choses. [...] Partout on le constate, au cours de l'histoire ensanglantée : là où les humains ne supportent plus la parole, réapparaît le massacre"

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