Espace Sétois de Recherche et de Formation en Psychanalyse

Liste des intervenants

Professeur Claude-Guy Bruère-Dawson
Dr Jean-louis Doucet
Dr Michel Leca
Professeur Jean-Louis Pujol
Dr François  Morel
Dr Augustin  Ménard
 Rajaa Stitou
 Jean-Paul Guillemoles
Dr Marie  Allione
 Claude Allione
Professeur Bernard Salignon
Professeur Roland Gori
 Bernard Guiter
Pr Jean-Daniel Causse
 Gérard Mallassagne
 Jean-Claude Affre
Dr Marie-José Del Volgo
Dr Jean-Richard Freymann
Dr Patrick  Landman
 Rhadija  Lamrani Tissot
Dr Marcel Ventura
Dr Marie-Laure Roman
 Franck Saintrapt
 Lionel Buonomo
Professeur Gérard  Pommier
Dr Arielle Bourrely
  ACF-VD
 Laurent Dumoulin
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Espace Sétois de Recherche et de Formation en Psychanalyse

10 février 2018 JL Doucet "Psychanalyse et danse"

Fichier à télécharger : Psychanalyse et danse_64.pdf

 

Le 10 février 2018, l'ESRFP accueillait  la danseuse et chorégraphe Carmela Acuyo.
En ouverture le psychanalyste Jean-Louis Doucet présentait ainsi la matinée : 

 

Psychanalyse et danse : Carméla Acuyo  

« Je ne saurais croire qu'en un Dieu qui comprendrait la danse »
Frédéric Nietzsche

« Caminante, no hay camino, se hace camino al andar ;
( Marcheur, il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant )
Antonio Machado

 

C'est sûrement une drôle d'idée que de mettre en dialectique la psychanalyse et la danse.
La psychanalyse est une méthode, en grec méta hodos – c'est-à-dire un chemin qui va au delà, plus loin,
chemin  inventé par Freud pour aborder l'inconscient tel qu'il l'a conçu à savoir comme le lieu des pensées refoulées car inacceptables pour la conscience.
La danse, elle, est un art dont les origines se perdent dans la nuit des temps, elle semble consubstancielle au vivant humain.
Qui n'a pas observé un enfant qui ne marche pas encore en train de se trémousser à l'écoute d'une musique ambiante ?
Il s'agit donc dans notre propos de mettre à jour ce qui peut faire lien entre ce chemin qui nous guide vers l'insconscient freudien
et cette discipline corporelle qui est capable depuis toujours d'émouvoir le vivant humain.

L'évidence qui s'impose et qui nous autorise à faire ce lien est que la psychanalyse comme la danse peuvent être abordés comme des instruments langagiers.
On connaît l'aphorisme du poète René Char souvent cité par Roland Gori : « Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d'eux. »
En tant qu'analyste, nous distinguons deux fonctions distinctes dans le langage : Tout d'abord, le langage comme instrument de transmission de signe.
Pour imager cela de façon triviale, disons par exemple que le mot corbeau renvoie tout un chacun à l'image d'un oiseau noir qui croasse. 
Lucien Israël nommait ce langage-là, langage  de désignation.

La deuxième fonction du langage, pour la psychanalyse, est d'être le médium d'une vérité subjective,
à savoir que le mot cor-beau dans la bouche d'un sujet peut être le vecteur d'une vérité inconsciente
dans la mesure où ce phonème, le son, les lettres de ce mot peuvent renvoyer chez ce sujet-là à nombre d'inscriptions dans sa mémoire,
inscriptions qui n'ont rien à voir avec le volatile à plume qui croasse mais qui peuvent renvoyer comme le souligne Freud par exemple à un ''beau-corps''.

Cette présentation est bien sûr pour une question de clarté pleine de raccourcis théoriques.

De façon laconique,  disons que par la cure analytique il s'agit de permettre à un sujet d'accéder à une part de cette vérité subjective que véhicule la parole portée par le langage.

Mais Freud déjà, assurait que par langage : « On ne doit pas entendre simplement l'expression de pensées en mots
mais aussi le langage des gestes et toute autre expression de l'activité psychique comme l'écriture »[1]
(1913-1984 ; p.198)

Lacan lui, soutient que « La parole est en effet un don du langage et le langage n'est pas immatériel,
il est corps subtil mais il est corps. Les mots sont pris dans toutes les images corporelles qui captivent le sujet. »
(P. 301)

Par là, à mon sens, est introduite la consubtancialité du corps et du langage.
Cela nous amène à avancer que le corps de la danse, le corps dans la danse, la danse du corps peuvent être abordés, tout autant que le langage parlé, comme le médium d'une vérité subjective.

Pouvons-nous nous autoriser à paraphraser René Char est à poser que : « Les gestes que notre danse va révéler savent de nous ce que nous ignorons d'eux » ?
Je pense que ces matinées de travail permettront de revenir la dessus.

Mais puisque danser c'est mettre le corps en mouvement pourquoi ne pas mettre en perspective la psychanalyse avec les activités corporelles dans leur ensemble  ?

Je dirai que ce qui singularise la danse, c'est ''qu'elle ne sert à rien''. Le mouvement lui, a toujours un but même si celui-ci se réduit à un apaisement des tensions corporelles.
Je me suis, lors d'un colloque, attiré les foudres d'une partie de l'auditoire car j'ai avancé que la psychanalyse  ne servait à rien !
Ce que ce propos provocateur voulait souligner c'est que le chemin que nous empruntons dans la cure analytique,
il ne fait que nous donner une direction pour approcher notre vérité subjective, il ne peut prétendre permettre d'atteindre la trouvaille qui résoudrait nos conflits.
Il s'agit seulement grâce à  leurs verbalisations de situer quelle place et quelle fonction ils assurent dans notre histoire, dans notre quête d'une trouvaille impossible car relevant du réel .

Cette digression pour préciser que si la psychanalyse utilise le champ du langage pour permettre la fonction de la parole,
la danse elle, utilise la dimension corporelle pour parler de l'histoire insue du sujet dansant. 

On peut dire que, comme dans la cure analytique les formations de l'inconscient (rêves, lapsus, actes manqués, symptômes) doivent être rattachées à leur fonction métaphoriques,
au sens où métaphorein signifie ''porter ailleurs, au delà'', la danse peut être abordée comme une métaphorisation des pensées inconscientes par la grâce du corps.
La danse serait  de fait une ''poésie du mouvement'' une ''poésie du corps''.

« Donner joie à des mots qui n'ont pas eu de rente tant leur pauvreté était quotidienne. Bienvenu soit cet arbitraire » assure encore René Char.
La danse ne fait-elle  pas souvent que donner joie à des mouvements si communs que si ce n'était le génie de la danseuse ou du danseur, jamais nous ne les remarquerions ?

Nous reviendrons dans nos deux prochaines matinées de travail consacrées à la danse à des articulations  plus théoriques
mais il me semble que les quelques réflexions que je viens de vous proposer nous permettent clairement d'avancer l'hypothèse
que ce qui peut mettre en écho la psychanalyse et la danse c'est qu'elles viennent toutes deux questionner l'intime de chaque sujet,
elles s'attachent, elles s'épuisent parfois, elles tentent toujours, d'exprimer l'inexprimable, de dire de l'inouï pour la première, de montrer du jamais vu pour la seconde.
Cette intime de chaque sujet, c'est le mystère de la subjectivité, c'est ce qui fait que chaque sujet est unique, qu'il ''y a d'l'Un'' disait Lacan.
Ce mystère il reste toujours  irrésolu, ce savoir là fait manque à tout jamais et cela chez tous et chez chaque Un.
Camille Claudel pouvait dire : « Il y a toujours quelque chose d'absent qui me tourmente »
Les champs de langage que sont la psychanalyse  et la danse permettent que  germent en leurs seins du nouveau,
du ''jamais-entendu-jamais vu'', vérité nouvelle toujours incomplète, toujours partielle, toujours partiale.
Toujours partiale car elle puise son énergie à la source de la singularité de chaque désir, et à la façon unique que tout sujet choisit pour émettre son message d'amour.

S'il y a langage c'est qu'il y a volonté de message. Ce message est toujours inconscient dans sa dimension d'énonciation d'une vérité nouvelle.

Il nous faut préciser rapidement ce qu'est cet acte d'énonciation.

Le vivant humain apparaît et se développe dans un bain de langage.
Ce monde qui l'entoure, parents, instances tutélaires quelles qu'elles soient, se présente à l'aide de codes dont les éléments sont admis par chaque socius.
On peut appeler cela la doxa, c'est-à-dire l'ensemble des opinions communéments admises,
disons que cette doxa est constituée par la somme des énoncés dans lesquels se reconnaît le corpus social et qui font sens pour chacun.
Bien sûr, à cette doxa, il faut rajouter les spécificités de l'entourage de l'enfant, spécificités qui sont le fait de l'histoire singulière de cet environnement humain.

Nous dirons que l'intime qui nous questionne ici, le mystère de chaque subjectivité, c'est précisément ce qui échappe radicalement à ces énoncés.
Les exigences sociales, la nécessité qu'il y a à utiliser ces énoncés, refoulent dans l'insconscient cette vérité subjective.
Le langage dans sa dimension de véhicule du désir inconscient permet, si le sujet s'y autorise, que surgisse ce ''jamais-vu-jamais entendu''.

Message d'amour avons-nous dit. « Quoi de neuf ? Je t'aime !» soutient Lucien Israël dans le film projeté lors de notre première séance en octobre dernier.

Cela pour préciser qu'à mon sens   la création, l'acte créatif sont  toujours sous-tenus par une recherche de vérité et que cette vérité c'est la vérité de l'amour.
Vérité qui traduit la manière  singulière que chaque Un a eu de se séparer   et   la perte irreprésentable qui a résulté de cette séparation.

Pour s'exprimer, cette intimité archaïque, ces balbutiements de la vérité, ne peuvent trouver que la voie du jamais-entendu-jamais-vu.
Ils se glissent dans la béance de l'inconscient et se dévoilent sous la forme de ce qui étonne, ce qui ne ''colle pas'', ce qui n'est pas dans les codes, dans les normes, qui n'a pas de sens.
La danseuse étoile Aurélie Dupont disait récemment dans une interview qu'elle devait à Pina Bausch d'avoir pu se relancer dans sa créativité de danseuse.
Pina Bausch l'avait en effet exhortée à ne pas chercher à masquer sa fragilité, ses faiblesses, sa sensibilité....
Je dirais que ces imperfections, ces balbutiements du corps portés par  le génie de la danseuse ou du danseur,
ce sont des émergences de sa vérité subjective tout autant que le lapsus, le symptôme ou l'acte manqué dans le travail analytique, trahissent la présence du sujet de l'insconscient.

Bien sûr, pour que ces imperfections, ces ratés, ces incongruités aient valeur de vérité, elles doivent survenir sur une trame déjà bien solide.

Le chanteur Claude Nougaro disait de la danse que c'est : ''Une cage où l'on apprend l'oiseau''.
Je dirais qu'il faut passer par la cage de la technique pour que puisse s'envoler une énonciation.
La psychanalyse est avant tout une clinique articulée à  une théorie, pas de clinique sans références théoriques mais quel intérêt aurait une théorie psychanalytique non assise sur la clinique ? 
Pour que la danse soit à même de libérer une énonciation, la danseuse ou le danseur ne peuvent se dispenser d'un travail rigoureux à partir de la technique qui leur est transmise.

C'est je crois cette notion qui me permet de présenter mon invitée d'aujourd'hui...

 

 

 


[1]

 

Intervenants

Interventions

 ACF-VD
Jean-Claude Affre
Dr Marie  Allione
Claude Allione
Dr Arielle Bourrely
Professeur Claude-Guy Bruère-Dawson
Lionel Buonomo
Pr Jean-Daniel Causse
Jomy Cuadrado
Dr Marie-José Del Volgo
Guilhem  Dezeuze
Dr Jean-louis Doucet
Laurent Dumoulin
Dr Jean-Richard Freymann
Professeur Roland Gori
Jean-Paul Guillemoles
Bernard Guiter
Rhadija  Lamrani Tissot
Dr Patrick  Landman
Dr Michel Leca
Gérard Mallassagne
Dr Augustin  Ménard
Professeur Michel  Miaille
Dr François  Morel
Professeur Gérard  Pommier
Professeur Jean-Louis Pujol
Dr Marie-Laure Roman
Franck Saintrapt
Professeur Bernard Salignon
Rajaa Stitou
Dr Marcel Ventura