Espace Sétois de Recherche et de Formation en Psychanalyse

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6 février 2016 - Marcel Ventura - Abus et subjectivité

L’ABUS ET SUBJECTIVITÉ

 

Sète, 6 février 2016

 

 

Marcel Ventura (Barcelone)

 

 

D’où procède le mot abus ?

Il provient d’abusus, et se décompose en ab, indiquant éloignement (perversion selon le Littré) et usus, usage

L’étymologie nous dit qu’au sein de l’abus il y a l’étrange, le forçage d’une limite, de l’espace propre à chacun. Ceci on ne peut le voir que si on se place dans un système symbolique, qui agit comme repère, grâce auquel les mots et les objets de notre vie peuvent avoir une place : tel livre dans telle étagère, les rapports de filiation, le droit, les interdits, les engagements, etc . Dit autrement, sans repères symboliques on ne pourrait pas parler d’abus, ça n’existerait pas.

 

 

ABUS DE POUVOIR

On peut aussi poser d’emblée que l’abus c’est toujours un abus de pouvoir.

Mais, c’est quoi le pouvoir ?

D’après Foucault, les rapports de pouvoir appartiennent à la même sphère que tous les autres rapports, ils leur sont immanents. C’est-à-dire les rapports de pouvoir sont les effets immédiats des divisions, des inégalités et des équilibres qui se produisent dans tout rapport et correspondent donc aux conditions internes de ces différentiations.

Le pouvoir se fonde donc sur la différence : puisqu’il n’y a pas deux personnes égales cela va engendrer inévitablement, pour ainsi dire une différence de potentiel entre elles. Et en suivant Foucault cela se reflète dans les rapports « d’amour, de travail, d’affaires, d’éducation, de justice, de famille, de gouvernement, etc.

N’oublions pas que pouvoir a une face positive, p.ex. « la capacité créative @et d’action de la volonté de pouvoir ». Néanmoins il y a une autre face dont on va parler, et c’est l’abus de pouvoir.

 

LIBERTÉ

Mais le pouvoir n’est jamais absolu, car la différence de potentiel entre deux êtres ne peut être jamais totale. Reste toujours une fente où parfois se loge la résistance, et la liberté c’est un peu ça.

P. ex. la possibilité de résister face aux organisations –petites, grandes, où même à une échèle mondiale- qui cherchent sans pudeur à conformer le monde, à produire des gens soumis pour qu’ils s’auto exploitent et consomment les produits indexés.

Mais la liberté ne tiendrait pas qu’à la résistance, l’opposition. Selon propose encore Foucault, elle serait aussi du côté de la curiosité. Une position, une attitude,  qui nous pousserait à questionner l’espace de véracité dans lequel nous sommes immergés. La véracité en tant que système qui vient encadrer à tout moment ce qui nous est pensable, ce qui doit être exclu et comment, ce qui est raisonnable de croire ou de dire ou bien ne l’est pas, en établissant ainsi de fait les procédures de domination. 

Pour soutenir une certaine liberté il ne s’agirait donc pas, simplement -si on peut dire-, de s’affronter a un autre qui incarnerait le pouvoir. Il faudrait aussi se rendre compte d’à quel point on est complices du système de véracité auquel on appartient et d’en prendre la mesure de sa déraison.

Cette perspective fait évidemment appel à la subjectivité telle que la conçoivent la psychanalyse et Foucault –bien sûr parmi d’autres-, qui ne sont pas orientés par un idéal de vérité, idéal qui chercherait à accumuler des « évidences ».

Ainsi la psychanalyse s’oriente par la dé-consistance des certitudes, même par une certaine in-cohérence, par le droit et le courage de ne pas avoir à adhérer aux mêmes pensées tout au long de la vie.

Prise ainsi, la vérité, comme nous dit Nietsche, serait « … une femme qui a des raisons pour ne pas laisser voir ses raisons ». Vous voyez à quel point ça diffère d’un système de véracité. Et à Lacan de parler de la vérité mi-dite, la seule possible, la plus vraie car elle ne se prétend pas absolue ni cherche à mettre les autres en condition. C’est bien cette vérité du sujet que nous retenons quand nous parlons de l’abus, soit du trauma.

 

TRAUMA :

L’abus (ab-us) est donc l’exercice d’un pouvoir avec une ou autre forme de violence. Dans l’abus il faut un autre qui l’exerce ce pouvoir. Il y a l’acte de cet autre, qui a la limite pourrait être la nature ou le hasard pour autant qu’on les personnifie –ce que d’ailleurs on fait souvent, telle est la tendance à donner du sens aux phénomènes que l’on ne comprend pas.

Mais l’acte de cet autre ne présuppose pas quelles seront les conséquences chez le récepteur. Il n’y a pas de rapport direct entre acte et conséquences. Rapport au sens de proportion. Comme quand Lacan dit qu’il n’y a pas de rapport sexuel en tant qu’il y a toujours dis.proportion, mésencontre entre les sexes.

Ce n’est pas la thèse de ce que l’on appelait un système de véracité, qui cherche l’adéquation de toutes les choses et à tout prix. Comme ex. les tables de classement de stress où est posée la corrélation entre certains faits –les nommés life-events, parmi lesquels la perte du logement, du travail, du couple, la mort d’un père ou d’un fils, une déclaration de maladie chronique, etc. Un grille donc pour les life-events et le niveau de stress qui leur est attribué, ce qui devrait justifier p. ex. un certain degré d’angoisse où de dépression (troubles adaptatifs DSM). De même que, p. ex., la perte d’un pouce donne droit à une plus grande indemnisation de la part des assurances que la perte du doigt moyen.

Je ne dis pas que cela soit tout à fait injuste, sinon que les évènements ne se correspondent pas toujours avec ses conséquences sur le plan personnel. Le plan personnel appartient à un autre registre, le prouvent p.ex. des accidents mineurs qui peuvent se signifier comme une catastrophe, ainsi que l’inverse.

Ainsi donc, si l’abus doit venir de la part d’un autre, par contre l’effet d’effraction, le débordement qui empêche toute réponse, le désarroi, etc…, sont du côté du sujet et atteignent son corps -même sans y avoir touché.

On en est ici au trauma, ça se joue chez chacun (trauma # accident, traumatisme). Et pas seulement chez chacun : ça se joue dans la subjectivité de chacun, et encore, surtout, dans un espace plutôt hors de portée, que l’on désigne comme inconscient.

 

TRAUMA INAUGURAL

La formation même de l’inconscient comme autre scène, avec ses lois différentes de celles de la conscience incarne le prototype du trauma.

Car bien avant les abus que tout être va plus ou moins subir au long de sa vie, il y a toujours chez l’humain une rencontre qui sera traumatique autant qu’inévitable, constitutive, nécessaire.

Vous le savez, c’est la rencontre du vivant avec le langage, donc avec le symbolique et la différence sexuelle, ce qui suppose un étrangement à toujours des simples lois de la nature.  

En partant de ce trauma inaugural, même mythique -soit la rencontre du vivant avec le langage-, les traumas qui se répètent au long de notre vie, qui la scandent, supposent des moments où notre symbolique n’arrive pas à recouvrir cette radicale étrangeté qui nous habite, le réel. Et l’excitation que l’on ressent alors excède nos possibilités de la cerner, de la maintenir dans le domaine du représentable.

 

LES DEUX TEMPS DU TRAUMA

Dans le trauma il convient de considérer avec Freud deux moments: d’une part l’effet immédiat de ce trop d’excitation, ce moment où le sujet est anéanti par l’envahissement du réel. Et on dirait que là il ne peut pas être considéré responsable.

Mais d’autre part, il faut prendre compte des conséquences de cet instant de débordement, souvent « a posteriori » -c’est-à-dire avec un lapsus de temps intermédiaire, parfois et même souvent très long.  

Les conséquences dans l’après-coup de ce moment d’émergence du réel vont dépendre de facteurs divers : p. ex. du discours auquel on appartient, à mettre en rapport avec « l’espace de véracité » dont on a parlé plus haut, et qui n’est sûrement pas le même ici que dans d’autres civilisations où probablement ce qui devient frappant à toujours pour le sujet n’est pas du même ordre que chez nous. D’autres civilisations ou encore d’autres époques, dont Foucault (Surveiller et punir) signale la violence franche, le poids de l’abus, mais sans un effet net d’écrasement du sujet, sans trauma si on peut dire.

Mais aussi, au-delà du discours qui nous apporte un certain cadre de pensée, les conséquences de l’abus impliquent directement la subjectivité de chacun, c’est-à-dire la façon dont son intimité plus radicale, son inconscient peut « lire » ce débordement et y répondre. Ceci est un élément tout à fait singulier, autant qu’impossible à prévoir : en effet on ne sait pas comment on réagirait face à des situations au-delà de nos limites connues. Toutefois, si c’est imprévisible ça a quand-même une logique, et en ce sens, comme le signale CS (dans l’En-coprs du sujet), la « belle âme », qui dénie et méconnait le plus obscur des pulsions qui l’habitent, qui n’en veut rien savoir, sera plus fragile face au traumatisme.

Peut-être que le trauma ait bien son algèbre, même si difficile à déchiffrer..

 

L’ABUS SEXUEL CHEZ L’ENFANT

J’ai voulu proposer un cadre ample quant à l’abus et son articulation au trauma, car ça renvoie à des situations extrêmement diverses mais avec des éléments communs. Dans l’abus il y a une différence de pouvoir en jeu -avec sa capacité d’impact et même de destruction-, alors que dans le trauma on considère le débordement du symbolique autant que la réponse que le sujet réussit à y produire.

Dans ce cadre-là je voudrais viser plus particulièrement l’abus sexuel, et plus encore l’abus sexuel aux mineurs, où on trouve bien sur une diversité de situations.

Si on se penche du côté de l’abuseur, on sait que la plupart du temps il appartient à la famille ou à son cercle immédiat. On y rencontre l’abus par la force ou avec un risque pour le corps, ou la menace p. ex. de faire public ce qui s’est passé dans le privé –sans avoir nullement besoin de dire vrai-, ou encore la séduction, etc.

Séduction qui d’elle-même pourrait être une invitation à élargir son propre monde mais qui dans l’abus arrive trop tôt et trop mal. La séduction mériterait son espace, de Casanova et peut-être jusqu’à Sade et Sacher-Masoch, en passant par Nabokov, Pierre Choderlos de Laclos, Mme de Pompadour, et tant d’autres. Ça reste ouvert.

 

Au-delà de la peur, qui a elle seule peut déjà briser l’homme –et pas besoin de la guerre pour cela-, au-delà de la souffrance de ne pouvoir rien dire à personne et pendant des années sans tout perdre, au-delà de l’anticipation étouffante d’être à nouveau sollicité par l’abuseur, etc…

Au-delà de tout cela qui est déjà énorme, du côté des enfants et adolescents abusés, ce qui devient grave est que souvent on leur a fait subir ce qui leur était interdit, ce qu’ils s’interdisaient d’expérimenter, ce qu’ils avaient peur de vouloir et qu’ils avaient mis à l’écart. On le sait, la frontière entre horreur et jouissance n’est pas facile à tracer.

Avec l’abus on peut faire éclater quelque chose de réprimé, le sujet s’y trouve confronté, il ne peut pas nier que ça le concerne, et il se voit souvent obligé de se reconnaitre comme fautif, quelque chose se brise en lui. P. ex. coupable de ressentir de la haine pour quelqu’un d’aimé, de ne pas avoir le courage de tout dire et tout perdre, ou de se savoir capable de prêter quelque peu son corps pour quelques avantages ou monnaies. Ou encore fautif de garder pour soi le secret du privilège d’être choisi comme objet d’amour par l’autre idéalisé, malgré celui-ci ne fasse pas honneur à la place qu’on lui octroie.

 

LE POUSSE-À-JOUIR

Se produit une jouissance que j’appellerai injuste, même si la jouissance n’a pas grand-chose à faire avec la justice, même si l’idée de justice est à prendre avec précaution car elle fait appel à la morale et rajoute du sens –ce qui peut avoir un effet de voilement de la vérité singulière à chacun.

Mais, injuste quand même, car ce désordre inavouable découle de l’abus de pouvoir et prend le sujet comme objet. Et ça ne contredit pas que le sujet ait toujours quelque part de responsabilité dans ce qu’il lui arrive –aussi petite soit-elle.

Si on tente de s’approcher un peu plus à l’intime, c’est-à-dire à l’inconscient en tant qu’Autre scène où se déroulent nos drames essentiels, on est bien obligés d’admettre que chacun de nous porte dans sa structure un fantasme d’abus sexuel, que l’on déduit de l’Œdipe et de sa clinique. En effet, en simplifiant beaucoup, la poussée de la fille vers le père qui devrait lui donner un fils-phallus, ne peut se résoudre que par l’acceptation de la castration, en ce cas par le renoncement de cette attente et le déplacement vers le futur et vers un autre partenaire. De même, pour le garçon, il ne s’agit point de consumer l’inceste avec sa mère mais bien plutôt de prendre au sérieux la menace de castration du côté du père –même s’il n’en dit rien-, c’est-à-dire l’interdiction qui provient de la fonction-père, pour, moyennant le refoulement dit ici secondaire (#ur.verdrangung), contenir le tropisme à se satisfaire avec la mère -qui le laisserait à toujours soumis aux exigences du pulsionnel.

C’est un paradoxe, mais le refoulement comme système, libère de l’omniprésence du Trieb, permettant un jeu de tensions qui soutiennent la vie. Car le refoulement ne signifie pas la mort de la pulsion, bien au contraire, il permet la construction du fantasme qui viendra encadrer les variations possibles à chacun des restes de son polymorphisme pervers –et que l’analyse permet de décliner, on pourrait dire sous forme de traits de perversion.

Ce qui est à différencier nettement de la structure perverse, et encore de la psychose, ce qui n’est pas toujours simple.

 

 

LA PAROLE

Comment aborder le traitement de l’abus, ou plutôt, des conséquences traumatiques de l’abus pour un sujet particulier ?

On avait parlé du débordement des repères symboliques du sujet, par l’émergence du réel résultant de la rencontre d’un acte –l’abus- et d’un fantasme inconscient.

Le traitement du trauma devrait viser à la restitution dans le symbolique, c’est-à-dire dans une scène représentable et qui puisse être racontée, de ce qui apparut tout à fait hors-discours. Ceci demande bien sûr au patient d’interroger sa propre position face à l’évènement, et face à ce qu’il y ressentit –effroi, jouissance, honte, etc.…

 

Pour le dire autrement, il s’agirait avant tout de sortir du terrain de l’indicible -qui est un signal du réel-, sortir de la fascination figeante, pour réussir à trouver les mots, peu à peu et un par un, qui permettent d’inscrire dans notre mémoire inconsciente des signes, des traces, ce que Freud dénommait les vorstellungen. C’est bien cela qui nous permet une mémoire, donc un retour dans notre pensée et nos affects d’un vécu resté auparavant innombrable.

Et puis, si ça permet la mémoire, ça veut dire justement que ça permet l’oubli, la sortie de cette captation traumatisante (Colette Soler) propre au premier temps du trauma, qui se répète à vide (comme est décrit dans l’EPT), sortir de la sidération pour se tourner vers des expériences où le sujet puisse se sentir concerné, rattaché à la vie, donc à la douleur et au désir.

 

CLINIQUE

Pour terminer, un fragment clinique –on se doit toujours à la clinique.

Des phrases q j’ai extrait –en élidant quand même des passages trop intimes, pas nécessaires-  d’une très longue lettre qu’écrivit une patiente à l’adresse de l’abuseur qui la hantait dans ses pensées –qu’il ne lirait d’ailleurs jamais. Une lettre qui se signifia comme un tournant décisif dans son analyse.

Et vous verrez que nul besoin de scènes d’une grande agressivité pour produire une grande souffrance, car la violence se tient d’avantage dans l’effraction du symbolique que dans celle du corps.

 

Elle commence en écrivant « Je vais faire l’effort de lâcher cette tache de merde, d’horreur, de folie. De laisser tomber le sentiment de culpabilité pour avoir senti autant de dégout pour ta personne, assis dans un coin du fauteuil en puant l’alcool, avec ce mi- rire de quelqu’un qui se fout de tout, en remuant tout le temps ta langue qui pendait hors la bouche.

J’essayerai de ne pas me culpabiliser pour avoir supporté que tu m’ait touché, ce que tu appelais des chatouilles, aussi bien le jour que la nuit quand tu venais avec ta tête de mort te coller si fort à mes côtes, en m’immobilisant, jusqu’à ce que je réussissais finalement à réunir toutes mes forces et m’écarter, pendant des années, j’ai cru et voulu en mourir.

Pourquoi cette obsession avec la bouche ? Pourquoi mettais-tu deux doigts dans ma bouche, en repoussant mes lèvres, en me réclamant toujours ce que tu appelais « une petite bise » ? Et ton obsession de me dire que j’étais ta fiancée, même si je répétais que ce n’était pas possible parce que j’étais ta fille ? Et ça t’amusait de me voir souffrir. Encore un de tes jeux de pouvoir ?

C’est incroyable jusqu’où peut arriver la torture subtile, la guerre de basse intensité, le mal qu’elle peut faire, jusqu’aux profondeurs les plus inconscientes.

Et je me sentais coupable aussi de ne pas supporter ton regard lascif sur mes amies.

Et de n’avoir plus senti ma mère comme mère, seulement comme une femme qui ne voulait pas voir, tout à fait soumise à un home qui abusait et maltraitait, rien qu’une femme faible à qui protéger. Et l’angoisse de qu’elle ne revienne plus jamais, suicidée.

J’essayerai aussi de ne pas me sentir coupable, impuissante et morte de désespoir en voyant ma sœur s’éteindre les cigarettes sur son bras, (etc), et ses cris affolés, interminables, quand tu la faisais rentrer dans la chambre, et la mère qui me disait ferme-la, il ne manquait que toi maintenant ! D’où te venait cette rage, cette envie de torturer ? Fallait-il encore imposer ton pouvoir ? Comment faisais-tu pour agir dans une impunité totale alors que tout le monde du village le savait ?

À un moment je commençai à penser de façon obsessive que je voulais me jeter par la fenêtre, la nuit c’était insupportable et je me faisais des blessures au bras pour que ça arrête. Et puis l’idée changea, c’était de tuer ma mère. Je mourais de douleur, je n’aimais personne autant au monde, mais je ne le contrôlais pas. Un jour j’ai décidé que cette folie venait peut-être de ce que je faisais enfermée au WC, et ça m’apporta une grande tranquillité d’en connaitre la cause, et j’arrêtai de m’enfermer au WC et de sentir cette chose entre les jambes, et les pensées obsessives se firent rares. Même si alors surgirent l’obscurité et l’horreur qui ont déterminé ma vie, en devenant rien du tout, seulement ce que les autres voulaient que je sois. 

(elle termine sa lettre en disant) Jusqu’à maintenant. Parce qu’avec l’écriture je suis libre, et je peux décider que je t’haïs et c’est tout.

Ici je bâtirai des vérités absolues, et des mensonges. Et je les localiserai, ils auront sa place, celle que je dirai. ? Ici, avec l’écriture, je vais trouver mon repos.

 

On y écoute, même si par bribes, comment cette jeune femme n’en est pas resté à la plainte ou à l’opposition. Son dire en analyse lui a permis peu à peu de récupérer des souvenirs et d’identifier les signes d’abus –ce qui ne va pas de soi. Puis de se détacher de la loi de l’abus comme système de véracité qui régnait dans son petit monde, en assumant ainsi sa liberté autant que sa solitude, en devenant en un sens orpheline. Et encore, elle eut le courage de se dire couarde d’avoir cédé sur son désir, d’avoir elle aussi fermé les yeux, d’être devenu quelqu’un de trop adaptable.

Jusqu’à maintenant –dit-elle.

En effet, sa lettre vint à ouvrir son dernier temps d’analyse.

 

Intervenants

Interventions

 ACF-VD
Jean-Claude Affre
Dr Marie  Allione
Claude Allione
Dr Arielle Bourrely
Professeur Claude-Guy Bruère-Dawson
Lionel Buonomo
Pr Jean-Daniel Causse
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Guilhem  Dezeuze
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