Espace Sétois de Recherche et de Formation en Psychanalyse

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Espace Sétois de Recherche et de Formation en Psychanalyse

30/03/2019, Jean-Paul Guillemoles

Ethique et politique : Lacan sceptique engagé                   

 

  Jean-Paul Guillemoles

 

Plusieurs éléments font de ce thème un oxymore : la psychanalyse traite au un par un alors que la politique qui
concernait la cité  s’adresse aujourd’hui à un monde globalisé sous l’emprise des réseaux virtuels. L’éthique
de la psychanalyse implique que le psychanalyste ne jouit pas, alors que la politique concerne la conquête et
l‘usage du pouvoir, comme le montre bien Machiavel, auteur du prince, qui dans la Florence de son époque
définit une éthique de l’exercice du pouvoir qui « désimaginarise » sa pratique et tente de tempérer
la jouissance qui est inévitablement présente

 

Pour aborder cette question je partirai d’interventions de JAM concernant le rapport de J.Lacan avec la politique
qui témoignent en acte de sa position éthique de sceptique engagé, mais autrement que par les voies traditionnelles.

Le premier texte est une interview de J A Miller parue dans la revue Cités en 2003, publié sur le site de Cairn.

En questionnant son influence politique, on a une première remarque concernant la question est de savoir
en quoi  la psychanalyse a changé le monde ?

Je cite JA Miller : «… Si vous glissez entre psychanalyse et politique les mœurs, ce que l’on appelle d’un mot
fade les questions de société. C’est par ce biais que la psychanalyse a changé le monde, plutôt que par une influence
directe sur la politique, en chuchotant à l’oreille des princes. »

Ce changement dans les mœurs est lié, déjà chez Freud, à la reconnaissance des pulsions et à la nécessité
qu’elles trouvent une issue, soit dans une satisfaction compatible avec le social, soit dans des symptômes.
Il s’est poursuivi depuis la seconde guerre mondiale.

Mais d’un autre côté, il faut noter la méfiance vis à vis des idéaux qui est celle de Freud à propos du communisme
naissant.  « Une fois que l’on eut reconnu l’importance énorme des conditions économiques, l’on fut tenté de ne pas
abandonner leurs transformations à l’évolution naturelle, mais de les provoquer révolutionnairement. Mis en pratique
dans le bolchevisme russe, le marxisme théorique a bien pris les caractères d’une conception du monde – l’énergie,
la cohérence, l’exclusivisme et aussi une ressemblance étrange avec ce qu’il combat.

Lui qui devait son origine et sa réalisation à la science, qui avait été bâti sur elle et d’après sa technique, a lancé
une interdiction de penser aussi inexorable que le fut, en son temps, celle de la religion. » [1]

Pour J A Miller, de son côté, des signifiants maîtres sont employés pour mener les foules pour capturer un sujet
qui ne demande que ça en tant que sujet du signifiant, vide, inconscient et évanouissant.

Ce que Freud situait du côté de l’identification à un leader dans psychologie collective et analyse du moi,
identification à un trait (on a parlé de  la moustache d’Hitler) sera posé par Lacan comme référence au signifiant
maître. Le signifiant maître, (ce qui fait point d’arrimage pour un sujet), le slogan, va  donner à ce sujet un semblant
d’être, ce que nous constatons aussi dans la réalité contemporaine.

« Je suis gilet jaune », avons nous entendu à plusieurs reprises dans les médias et même en direct chez certains de
nos patients.

Quelles que soit la justesse de certaines des revendications défendues sur le plan du partage des richesses, il y a là
une identification à un mouvement, un collage qui ne concerne plus seulement le faire, une praxis mais une
revendication à coloration anarchique dont ils se soutiennent dans un refus d’être représentés.

 

Ce qui caractérise au contraire la position de Lacan, c’est une distance, par rapport à un collage qui est un effet
de groupe sur un mode imaginaire. Cela implique la méfiance vis à vis des idéaux, et des idéologies, ce qui est
conforme à son cheminement dans son œuvre. Il passera en effet de la prévalence de l’imaginaire à l’insistance
du réel en passant par un tout symbolique, non sans que les étapes ultérieures ne se retrouvent en germe
dans les premiers écrits.

Cette prévalence du réel existait déjà dans un des ses premiers textes : La psychiatrie anglaise et la guerre
où il loue la rapport des anglais au réel, en l’opposant à la position de la plupart des dirigeants français qui
s’étaient abaissés à une collaboration honteuse, masquée par une idéologie nationaliste. Contrairement
au peuple anglais, les français avaient cédé sur leu désir de maintenir une position de dignité en consentant
aux jouissances moins risquées  de la collaboration.

 

Quant à la modernité, il en saisit dès 1967 les impasses, que ce soit sur le plan politique avec le rêve
d’une Europe sans frontières qui nous promet un retour de la ségrégation ;
« Notre avenir de marchés communs
trouvera sa balance d’une extension de plus en plus dure des processus de ségrégation » [2]

Ou bien sur l’avancée du discours de la science « idéologie de suppression de sujet » [3]qui exclut le sujet
et nous fournit des prêt à penser pour tous qui laissent de côté ce sujet dans sa singularité irréductible.
« 
Descartes pose la disjonction d’un réel, à démontrer, et de la réalité. C’est par là qu’il fonde la science,
comme savoir nouveau, érigé en discours, en réponse à une crise de civilisation.
Ce savoir nouveau met en position dominante une catégorie logique, celle de l’universel : ce qui se démontre
par la science vaut pour tous, et ce, non pas dans le sens de la vérité mais dans celui de l’exactitude…
Ça vaut indépendamment de l’implication d’un sujet, et indépendamment de ce qui constitue, pour lui,
son rapport à la vérité nous dit P. Scriabine » [4]

 

La psychanalyse est l’envers de la politique, nous dit JAM, ce qui n’est pas sans rappeler qu’elle est
dans les quatre discours l’envers de discours du maître.

Il ne faut pas oublier que le sujet n’est pas une entité close sur elle –même.  Il reçoit ses signifiants de l’Autre,
signifiants marqués par leur usage dans une époque donnée. Quelle différence entre les patients de Freud,
marqués par une idéologie victorienne, et ceux que nous recevons ! Et même entre les névroses structurées
du début de ma pratique et les consultants d’aujourd’hui. C’est d’autant plus net chez les adolescents
dont
l’invention langagière est spécifique d’une tranche d’âge par rapport à une autre, ce qui traduit une perception
singulière du monde. Cela évolue et se démode très vite, au grand dam des adultes qui  ont du mal
à suivre et se sentent décalés.

 

Un an avant mai 68, le 10 Mai1967, Lacan, lors du séminaire « La logique du fantasme », lance cette formule
« l’inconscient c’est la politique ». En fait, il suit les intuitions freudiennes sur la psychologie des foules
qu’il relit à la lumière des quatre discours. Cette formule serait donc une lecture du discours du maître, discours
de l’inconscient. Que l’on pourrait traduire en clair en un « travaille et tais toi », devise de toutes les dictatures.

Mais pourrait-on inverser la formule ? En disant, la politique c’est l’inconscient, on pourrait dire d’une manière
réductrice que la politique n’est que le jeu des fantasmes et des pulsions, ce qui réducteur mais n’est pas
totalement faux. L’inconscient c’est la politique ouvre au contraire vers le champ transindividuel du social,
et précise la formule de Lacan à ses débuts « l’inconscient, c’est le discours de l’Autre ».

 

Pour conclure, je voudrais citer une intervention directement politique de Lacan [5]qui résume sa position,
à savoir  son admonestation au jeune JA Miller qui était alors engagé dans la gauche prolétarienne et allait
à la rencontre des ouvriers dans les entreprises, avec la remarque qu’il fait au passage que malgré ses efforts
pour discuter avec eux, on l’appelait le bourgeois.

François Regnault qui était présent a pris des notes, une fois rentré chez lui.

JA Miller avait écrit un article ou il parlait des masses populaires. Lacan souligne que ce terme ne fait que
renouveler des signifiants maîtres, le roi, la république…En son nom vous perpétuez le discours perpétuel.
Qu’avez-vous perçu du populaire dit-il ? Comme il ne se connaît pas de révolte, il prend votre révolte
comme une révolte de privilégiés. J’ai moi une façon de passer ma révolte, elle aussi de privilégié.
Vous devriez choisir une autre vois, la mienne par exemple. Vous voudriez une autre police sans bavure.
(Référence aux slogans contre la police)

Il soulignera ensuite en citant Hegel que la police est l’essence de l’Etat, et terminera en disant qu’il a
un certain nombre de contraintes qui ne cessent pas de s’écrire, si on s’y cogne, on se fait très mal.
Et aussi en évoquant l‘argent comme signifiant maître, à l’ouest comme à l’est.

« De temps en temps, ajout-t-il,  il y a un trou dans l’éternel recommencement, il est possible
d’en profiter mais vous n’irez pas très loin. » 

JA Miller très ému insiste sur le fait que cette intervention magistrale a marqué son destin, comme
la position de Lacan dans le mouvement de contestation auprès des gauchistes a évité des aventures
à l’italienne telles que celles des années de plomb où l’assassinat était considéré comme une action politique.

 

 

 



[1] S. Freud Sur la Weltanschauung Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse

[2. Folio essais.]

[2] J. Lacan Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste

[3] J. Lacan Radiophonie Scilicet 2/3 Paris, Seuil, 1970, p.89

[4] P. Scriabine La science, le sujet et la psychanalyse www.Causefreudienne.net

[5] J A Miller, Publiée dans Ornicar et citée à la tribune lors d’une réunion sous le titre « La leçon politique de J.Lacan » (You Tube)

Intervenants

Interventions

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